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La Gorgue, Pays-Bas français, le 03 juin 2004.


L'ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUT
à Monsieur Jean Pierre DECOOL,
maire de Brouckerque/Broekkerke, conseiller général, député



Monsieur le maire, Monsieur le député,


L'ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUTvient d'apprendre par la presse (Le Journal des Flandres du 27/05/04), la création d'une « Akademie Voor Nuuze Vlaamsche Tale - Académie pour notre langue flamande », ainsi que le patronage que vous lui apportez.

Cette initiative, telle qu'elle a été rapportée dans cet article, suscite de notre part un certain nombre de réflexions :

1.

Qui dit « Académie », dit uniformisation, fixation de règles. Ceci est possible pour une langue écrite de large communication : la Taalunie a entrepris cet effort avec succès pour les différentes variantes flamande, limbourgeoise, hollandaise, etc. du néerlandais standard (AN ou Algemeen Nederlands). Mais quel sens lui donner pour un dialecte , par définition non écrit, connaissant des disparités d'un coin du Westhoek à l'autre ? Quel « vlaemsch » ou « vlaamsche » va l'emporter ? Celui de Bray-Dunes ? Celui de Belle/Bailleul ? Faudra-t-il faire une synthèse générale ?... qui sera parlée par qui ? Problème de fond : comment fixer l'orthographe d'un... dialecte ?

Sans prétendre que ces questions sont nécessairement insurmontables, avouons qu'elles sont de taille !

2.

La défense du flamand fait partie du programme ([lire]) de l'ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUT. Ce programme reprend les dispositions du Manifeste des Flamands de France, co-signé par l'ensemble des associations culturelles de Flandre française en 1982, et recommande « l'enseignement de la langue populaire flamande... dans le cadre d'une pédagogie adaptée », dans les écoles maternelles et dans le primaire (c'est-à-dire, sous forme orale de comptines, chansons, saynètes, poésies, etc.), avec passage rapide, voire simultané, au néerlandais écrit. La création d'une « Akademie » doit œuvrer pour ce type d'enseignement.

3.

L'ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUTproteste contre toute déclaration visant à présenter le néerlandais comme langue étrangère. Qu'une telle affirmation émane d'autorités parisiennes est une chose, qu'elle soit reprise par certains Flamands d'ici n'est guère compréhensible, et contribue à nous maintenir dans le ghetto linguistique et par conséquent économique des frontières d'Etat, ceci à l'heure où la construction européenne relativise partout ailleurs ces frontières ! La « schreve » n'est pas un rideau de fer éternel ! Ne voudrait-on que l'Anglais comme seule langue nous permettant de nous ouvrir vers le Nord, comme l'a dénoncé le sénateur Jacques Legendre dans son dernier rapport sur l'enseignement des langues vivantes en France ?

4.

L'ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUTdéfend une politique d'ouverture culturelle et économique passant par l'enseignement prioritaire du néerlandais, ainsi que la municipalité de BELLE/BAILLEUL l'a bien compris. Le néerlandais, forme littéraire du flamand langue régionale, est AUSSI une langue régionale et notre langue HISTORIQUE. C'est la seule langue qui puisse nous donner accès à notre propre Histoire, dont nous réclamons aussi l'enseignement dans nos établissements. Les écrits des grands auteurs issus du Westhoek, Michiel De Swaen, Andries Steven, Pieter Datheen (qui a publié une traduction des psaumes encore utilisée aux Pays-Bas), ou même d'auteurs plus contemporains (JB Van Grevelinghe), les tonnes d'archives inexploitées, les catéchismes, la toponymie, etc., tout cela est en néerlandais de l'époque et du lieu, avec, certes, des graphies et des tournures particulières, mais du néerlandais , même si chacun s'accorde à l'appeler « flamand » !

5.

Qu'il y ait des correspondances à établir entre le « vlaemsch » et le néerlandais, est évident. L'enrichissement sera réciproque ! C'est la complémentarité langue de communion et langue de large communication... encore faut-il réhabiliter le néerlandais comme langue historique et ne pas mener notre population dans l'impasse anti-néerlandaise. C'est en effet ce que pourrait laisser croire le choix d'une graphie volontairement (?) en même temps que partiellement (!), différente du néerlandais : ex : « Akademie » s'écrit en néerlandais avec un C et non un K. Pourquoi « Vlaamsch » et non pas « vlaemsch » admis par tous ? Mais alors, « Nuus » devrait faire « Nuze » et non « Nuuze ». Pourquoi « tale » et non pas « taal » ? Ces quelques contradictions dans le titre de l' académie nous étonnent : s'agit-il d'erreurs d'appréciations ou d'un nouveau « sectarisme » anti-langue néerlandaise ?

6.

Comment enfin, faire accéder des non flamandophones de plus en plus nombreux (nos conjoints ou enfants parfois) à la culture flamande ? Par la petite porte de « nuuze vlaamsche tale » ? Pour communiquer entre quelques uns mais avec qui d'autre ? Pour lire quelques textes traduits, mais quels autres grands textes ? Et pour rédiger quoi ? Nous avons l'avantage de partager une langue parlée par plus de 22 millions de voisins performants, disposant de journaux, radio, TV, universités, enseignants, etc., langue qui offre de formidables avantages au regard de l'emploi et des échanges économiques, ou encore de l'apprentissage de l'anglais ou de l'allemand. Le néerlandais, langue véhiculaire, est notre langue de culture et un atout essentiel à développer pour notre avenir économique, le tourisme, etc. Les Flamands belges l'ont bien compris, et ont, à l'issue d'une démarche identique à celle que nous proposons, réussi à sauver ET leur langue de large communication (le néerlandais), ET leurs dialectes toujours bien vivants !



L'ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUTdénonce à la fois :

- la discrimination faite par l'Etat français vis-à-vis du flamand comme attentatoire à l'identité des Flamands de France.

- le repli frileux sur l'hexagone qu' entraîneraient la coupure avec le néerlandais et l'insuffisance d'efforts pour sa promotion.


L'Etat a un devoir de réparation vis-à-vis de la langue historique que constitue le néerlandais. Ce devoir doit se traduire par une action volontariste qui n'existe pas actuellement et qu'il nous faut obtenir, par nos actions coordonnées, ici, dans notre Région des Pays-Bas français.


Nous vous invitons cordialement à en débattre.


Restant à votre disposition, et au nom de l'ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUT, je vous prie d'agréer, Monsieur le maire, Monsieur le député, l'expression de mes sentiments flamands et européens.


Pour l’Alliance Régionale Flandre-Artois-Hainaut
Régis DE MOL
ALLIANCE REGIONALE FLANDRE-ARTOIS-HAINAUT
BP2 – 59253 LA GORGUE
http://www.alliance-regionale.org



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